Top-sites
1234
Nuawa
Administratrice
Shawn
Administrateur
Tobias
Administrateur
En -68 P.A, les anciens Terriens débarquaient sur la nouvelle Terra après des siècles d'errance dans l'espace. De cet événement s'est organisé, avec le temps, un nouvel ordre galactiques. Un exode, des tensions, l'évolution et l'indépendance. Ainsi se sont tissées les relations entre les planètes Terra, Luna, Antiopée et Dust. Comment apposerez vous votre marque dans cet univers prêt à changer du tout au tout ?La galaxie est pleine de mystères. Terra, Luna, Antiopée ou Dust, chaque planète éveille la curiosité des explorateurs prêts à tout pour marquer l'Histoire et percer les secrets de l'univers. Alors que la stabilité présumée entre les factions est mise à l'épreuve par l'arrivée d'un peuple inconnu, quelle aventure tenterez-vous de vivre ? Face à l'immensité de l'univers, les Hommes se prennent à rêver d'exploration. Terrians, Lunariens, Antiopéens et Dustiens, chaque peuples aspirent à en percer les secrets. Dans cette galaxie aux possibilités infinies, chaque individu peut changer le cours de l'histoire et voir sa vie prendre des airs de récits d'aventures. Dans de monde ouvert aux occasions multiples, qui serez-vous ?
Actualités
30/09/2018 - Pré-ouverture du forum ! En savoir plus sur les avantages et les bonus de pré-ouverture, ici.
13/10/2018 - Premiers retours sur la pré-ouverture : ajouts, ajustements et prévisions pour la suite. Par ici.
20/10/2018 - Inscriptions de la mission spatiale lancées ! Par ici.
22/10/2018 - Ajustements sur les compétences. Par ici.
nos partenairesLes rejoindre

    Une Histoire avec des Glaces ☾ Avec Blair Lamb.

    avatar
    Messages :

    30

    Localisation :

    Luna.

    Métier :

    Doctorant en médecine.

    Code couleur :

    #5d60f7

    Crédits :

    95

    Réputation :

    0

    Une Histoire avec des Glaces
    Tobias Sørensen et Blair Lamb - Domaine du Dr. Lamb de Lunaria
    C’était un vendredi comme un autre.

    Tobias Sørensen s’était réveillé à 5h58, comme chaque matin, et avais pris deux minutes pour se lever et aller à la douche. Son grand-frère, à ses côtés, lui préparait son petit-déjeuner alors qu’il s’apprêtait à partir à son cabinet. Cependant, il se rappela que ce vendredi, un événement particulier devait ponctuer la semaine de Tobias, en ce que pour la première fois depuis plusieurs mois, il avait prévu de rencontrer quelqu’un. Nicolai Sørensen trouvait toujours cela touchait, quand son frère nouait des liens, d’autant qu’il connaissait particulièrement bien la personne qu’il devait voir cet après-midi-là.
    Blair Lamb, celle qui avait été par le passé son assistante sociale, sa psychiatre dans le cadre du diagnostic d’autisme du garçon, et qui avait même enseigné à sa faculté de médecine dans le cadre de son cursus. À croire que le destin les avait réunis, parce qu’avec autant de professeurs et de médecins qu’il pouvait y avoir à Luna, leur rencontre à des moments si différents de leur vie tenait bien du miracle.

    Du reste, pendant que Tobias terminait de s’habiller en marge de sa journée au Laboratoire des Sciences Naturelles de Luna, Nicolai crut bon de rappeler à son petit frère ses obligations en matière sociale aujourd’hui. Un événement que le scientifique n’avait pas oublié, dans la mesure où il attendait chaque fois ces après-midi-là avec impatience.  
    Blair Lamb était « une gentille personne, si douée pour faire la cuisine ». Avec le temps, l’attachement habituel et routinier que le jeune homme éprouvait pour elle correspondait à la qualité de ses repas et à la manière dont ils avaient appris à se connaître l’un comme l’autre, du moins dans les pensées de l’intéressé.
    Pour lui, Blair le considérait en effet comme une personne avec qui parler, différent de ses autres patients, dans un rapport qui serait presque plus amical que professionnel. Cela faisait d’ailleurs longtemps que Tobias n’avait pas rencontré Blair dans le cadre d’un rendez-vous psychologique. Ils se voyaient maintenant à l’occasion de repas épisodiques, dans le domaine que possédait le Dr. Lamb au cœur de Lunaria.

    Une bâtisse atypique, par ailleurs, en ce qu’elle présentait un style architectural bien différent de ce qui se faisait à Luna. Le manoir faisait vieux, et ce fut cette remarque que l’anthropologue médico-légal se fit lorsqu’il fut déposé par son frère au cœur de l’après-midi, à quelques minutes maintenant de son rendez-vous.
    Comme ils en avaient la routine, Blair et lui devaient se rencontrer à 16h30, dans sa demeure Lunarienne, et immanquablement, parce que Nicolai y veillait, Sørensen arrivait à 16h27, le temps de s’imprégner de cette demeure si grande, si différente, qu’elle captivait toujours autant l’autiste.
    À 16h29, Tobias se rapprocha de l’écran d’accueil du portail, et comme si Blair s’y attendait parce qu’avec le temps, elle avait appris à connaître le garçon, celui-ci s’ouvrit immédiatement. L’avocat laissa partir son petit protégé avec toute la confiance qu’il fallait en cette femme pour prendre soin de lui, et le Lunarien marcha sans se poser de questions vers l’entrée à proprement dite de la porte. Il y avait entre le portail et la porte en elle-même, un terrain que Tobias avait toujours considéré comme vaste, mais qu’il ne s’était jamais amusé à explorer, son objectif étant de marcher le moins possible pour éviter le plus de fatigue possible.

    Enfin, une fois qu’il se trouva face à l’entrée, il put constater à 16h30 précise qu’un interstice lui permettait d’entrer, et le schéma habituel s’en trouva contenté. Cela semblait toujours soulagé le doctorant, qui craignait toujours en permanence que ses us et coutumes soient perturbés par le tout-venant, le moindre imprévu pouvant avoir chez lui des conséquences graves et réelles.

    En soi, lorsqu’il pénétra dans l’accueil, plusieurs doggos doberman vinrent l’accueillir, et comme Tobias n’avait aucunement peur des chiens, il se mit sur ses genoux pour les  caresser, en enlevant son casque anti-bruit censé le protéger des vacarmes incessants, viennent des rues, des voitures, ou simplement des habitants.
    Il jeta un regard en direction de la cuisine pour y apercevoir Blair. Sur le moment, sans chercher à confirmer visuellement la présence de son hôte, et parce que le chirurgien savait très bien que son ancienne professeure se trouvait là, il prit la parole avec sa voix si ingénue, son ton si naïvement désintéressé, et son contentement béat si remarquable pour un garçon de son âge, plutôt prompt à penser aux choses d’adultes qu’aux pensées des enfants de six ans.

    « Bonjour Dr. Lamb. » Fit-il avec une voix enjouée. « Je suis content que vous ne soyez pas morte depuis notre dernière rencontre, cette planète Terra me fait toujours aussi peur, j’aime bien moi quand vous êtes à Luna. » Rajouta-t-il très naturellement, mais avec une voix plus monotone, tout simplement parce qu’il y avait pensé. « J’ai pris mes stylos à insuline pour le goûter, j’espère qu’on va bien manger cet après-midi, j’ai faim. » Et il continuait, parce que Tobias ne savait jamais quand s’arrêter, quand c’était son tour de parler. Il pouvait être désespérément muet ou inutilement prolixe. Pour une fois, ce fut inutilement prolixe.
    « En plus hier j’ai mis un temps abusivement long à pratiquer une incision cutanée longitudinale.  Mon Dr. Référent me regardait beaucoup, c’était inutile et malaisant. Et vous, euh, ben, est-ce que ça va ? » Posa-t-il enfin comme ultime question, avec beaucoup de joie sans que l’on comprenne la raison, d’autant qu’il venait de parler de cadavre.


    Merci de RP avec moi.
    avatar
    Messages :

    40

    Localisation :

    Terra

    Métier :

    Chercheuse, psychiatre, psychologue, chirurgienne, médecin légiste

    Code couleur :

    #6b70b0

    Crédits :

    55

    Réputation :

    13


    Oft hope is born when all is forlorn.

    Le hachoir sectionnait avec force la chair encore dure et congelée, contusionnée par la froideur du congélateur. Le morceau choisi était séparé du reste, qui était à nouveau placé dans sa prison de glace. Lamb s’emparait de la viande encore recouverte de fines particules de neige et la plaça sur un fin plateau. Elle appuya sur un bouton, et il y eut le bruit d’une scie automatique placée sur la verticale. Avec précaution, elle amenait la chair au niveau de la lame en mouvement, et elle fractionna son morceau en plusieurs autres. Le pied fut placé de côté, abandonné ; il était peu noble, et se marierait grossièrement avec sa recette. Elle coupa en épaisses lamelles le reste de la jambe. Il fallait désormais attendre que la viande décongèle naturellement. Le corps de Lamb se dirigea vers le plan de travail adjacent et se saisit de plusieurs légumes qu’elle coupa en fines lamelles d’une main experte. Son regard semblait à la fois perdu dans la contemplation de cet art nouveau, et concentrée dans sa tâche mortifère. Lorsque les morceaux de cuisse furent tendres, Blair s’en saisit. Elle les lia et les resserra avec un fil de cuisine, avant d’étaler sur son plan de travail un épais nuage de farine. Elle y fit rouler les morceaux cylindriques, les assaisonna d’épices et d’herbes.

    Et puis, un regard à l’horloge. Aujourd’hui, elle accueillerait un petit visiteur. Un visiteur qu’elle connaissait bien, à vrai dire, si bien qu’il était la principale raison pour laquelle elle se déplaçait à Luna lorsqu’elle en avait le temps. Elle appréciait cette petite tête blanche, du moins, à sa façon. Le cratère béant de sa poitrine était toujours creusé en profondeur et d’une noirceur anthracite, là où on n’y voyait pas le fond, mais il avait réussi à lui faire ressentir quelque chose de particulier et d’intriguant. C’était sans doute pour cette seule raison qu’il était encore en vie, alors qu’elle avait déjà eu maintes occasions de le réduire en charpie ou de le maintenir en captivité dans les catacombes puantes de sa demeure. Un garçon objectivement adorable, pour sûr. Lamb le connaissait depuis sa tendre enfance, si bien qu’elle ne le considérait même plus comme un patient mais plutôt comme un protégé, quelque chose de plus possessif que la formalité d’une relation psychiatrique. Tout ceci était encore bien abstrait. Le temps qu’elle passait avec lui était enrichissant, pour son développement personnel. Et puis, il faisait office d’un divertissement assez convaincant.

    Blair glissa au fond de sa poële un fond d’huile. Le gaz fut allumé, et les flammes incandescentes bleutées entourèrent le disque duquel s’échappait continuellement la substance non solide. Quand la matière grasse frétilla, Lamb y glissa avec une grande attention ses morceaux de viande enfarinés, puis y ajouta ses légumes avant de saupoudrer une seconde fois le tout de quelques épices. L’enfant devrait bientôt arriver. Elle le connaissait. Il serait là dans précisément six minutes. Pas une seconde de retard. Des habitudes profondément ancrées en lui comme les gravures dans la roche d’une stèle droite et fière. Alors que les exhalaisons de la viande humaine et des légumes finirent par envahir la grande cuisine du psychiatre goulesque, les chiens avaient humé l’odeur de la viande et pointaient leurs museaux au seuil de la pièce. Lamb leur jeta un regard amusé, avant de se saisir dans son réfrigérateur d’un vin blanc. Elle observa son étiquette un instant, avant de la débouchonner sans nul mal, pour arroser la viande de ce liquide translucide. Inclinaison de la poële, une flamme jaillit, faisant flamber la cuisse. Une entreprise méticuleuse et délicate. À seize heures vingt-neuf, Lamb baissa le feu et alluma le four, pour se diriger vers la porte d’entrée, essuyant au passage ses mains afin de ne pas salir ses boutons de sécurité. Elle savait précisément combien de secondes attendre avant de presser le dix-huitième bouton du clavier encastré à la porte, qui désactivait la sécurité du portail et ouvrait ce dernier. À trente précise, elle appuya dessus de son pouce, avant d’en faire de même de son auriculaire sur le bouton vingt, qui lui était lié au mécanisme de sécurité de la porte principale. Puis, Blair retournait à ses fourneaux, se disant qu’il était l’heure de débarrasser un peu son plan de travail de pelures de carottes, de pomme de terre, et des restes de farine.

    Bien rapidement, le garçon finit par pénétrer sa demeure. Il était accueilli par les chiens. Ils étaient doux avec lui. Les chiens avaient des capacités empathiques malheureusement parfois bien supérieur que les hommes et sans aucun doute que Lamb elle-même, et c’était sans doute une des raisons pour lesquelles elle les appréciait, en plus de leur docilité incroyable lorsqu’on les bridait suffisamment depuis leur jeunesse pour qu’il suive les dogmes précis et méthodiques de leurs maîtres. Tobias finit par arriver dans la cuisine, et la femme lui accorda un regard, le détailla, et lui sourit.

    « Bonjour Tobias, fit-elle en retournant sa viande d’une pince en métal. »

    Elle savait déjà qu’il fallait rester silencieuse. Tobias était loquace, parfois. Lorsqu’il parlait, elle le laissait s’exprimer. Il ne disait jamais rien d’idiot. Un enfant prometteur dans sa discipline, qui saura sans aucun doute mener Luna à des jours plus glorieux encore. S’il survivait jusque là. Lamb sourit en écoutant le petit discours de Tobias, sa main bleue tenant toujours aussi fermement la queue de la poêle. Lorsqu’il lui posa une question, son visage pivota en sa direction.

    « Je vais bien, comme d’habitude, commença-t-elle. Même si hier, j’ai perdu un patient. Du moins, c’était la fin de sa thérapie. Tu sais, celui dont je t’ai parlé, atteint de trouble délirant. C’était long et fastidieux, mais il a enfin réussi, avec mon aide à construire la vie qu’il désirait enfin au fond de lui. »

    Lamb faisait frire à feu doux la jambe d’un cultiste propagandiste ayant toqué à sa porte il y a de cela deux jours. Elle appréciait Luna.

    « Je suis émue. »

    Elle laissa planer un certain silence, alors qu’elle finit par couper le feu, glissant la poêle sur une autre plaque de gaz froide. Elle s’empara d’un plat large dans lequel elle transphasa la viande et ses légumes, recouvrant le tout d’un bouillon délicat qu’elle avait au préalable préparé.

    « Excuse-moi, nous devions faire des glaces. Je suis à toi dans quelques petites minutes, le temps d’enfourner ça. Elle accompagna ses mots aux gestes, ouvrant l’épaisse porte de son four pour y glisser le plat dans lequel trônait fièrement la viande fraîche. Ce boeuf a été tenace. Il ne s’est pas laissé faire, plaisanta la femme en un sourire large et doux adressé à son cadet. Une pointe d’humour qui l’amusait. Enfin. N’hésite pas à t’asseoir, elle désigna un des tabourets assez haut pas loin. Cette incision s’est bien passée finalement ? »

    Blair ferma la porte du four, et activa son minuteur. Vingt-cinq minutes à cent-quatre-vingt degrés. Cela allait être succulent. Nouveau nettoyage de son plan de travail, elle se lava les mains, tout en écoutant la réponse du jeune adulte.

    « Nous n’avons d’ailleurs pas discuté du goût qu’allait avoir cette glace. Je te laisse choisir, je ne suis pas difficile. »

    Tobias Sørensen
    Blair Lamb
    .
    avatar
    Messages :

    30

    Localisation :

    Luna.

    Métier :

    Doctorant en médecine.

    Code couleur :

    #5d60f7

    Crédits :

    95

    Réputation :

    0

    Une Histoire avec des Glaces
    Tobias Sørensen et Blair Lamb - Domaine du Dr. Lamb de Lunaria
    C’était un vendredi comme un autre.

    Tobias était vraiment incapable d’imaginer jusqu’où pouvait aller les pensées du Dr. Lamb. Il ne pouvait pas, ne serait-ce que concevoir, que ce qu’elle avait cuisiné juste avant son arrivée était le reste d’un de ses concitoyens. Cela pouvait paraître absurde à beaucoup de monde de préciser cela, mais Sørensen ne se posait pas beaucoup de questions de ce genre. Bien sûr, il se demandait pourquoi tel objet avait pu changer de place, il se posait tout un tas de questions atypiques auxquelles sans doute aucun autre être humain neurotypique n’aurait pensé, mais en aucune manière il ne pouvait comprendre ce qui se tramait dans l’esprit de Blair. Pour lui, tout le monde était gentil. Il n’existait pas de gens fondamentalement mauvais, pas plus que de gens fondamentalement bons. Son relativisme le rendait exposé à la naïveté : Blair pouvait le convaincre, s’il découvrait son secret, que ce qu’elle faisait soit juste et bon, parce qu’en raison de son autisme, Tobias était faible face à la manipulation, intimidé face au charisme, et particulièrement ingénue face aux mensonges.
    Partagé entre sa non-violence, son pacifisme et son refus de critiquer quelqu’un ou quelque chose sans être sûr de la vérité, il ne serait jamais la balle d’argent du Dr. Lamb. Pour toujours, il ne serait voué qu’à être son ami, et le jour où elle le déciderait, peut-être son plat principal. Il n’y avait rien qu’il puisse faire face à elle, il était juste faible, et c’était une proie facile. Trop facile, mais peut-être aussi trop différente des autres pour en avoir les mêmes travers.

    « Je vais bien, comme d’habitude. Même si hier, j’ai perdu un patient. Du moins, c’était la fin de sa thérapie. Tu sais, celui dont je t’ai parlé, atteint de trouble délirant. C’était long et fastidieux, mais il a enfin réussi, avec mon aide à construire la vie qu’il désirait enfin au fond de lui. » Tobias était resté bloqué assez longtemps sur cette phrase. Dans ces moments, il gardait le visage absent, et on ne pouvait pas être certain qu’il comprenne ce que l’on disait. Parfois, il n’écoutait pas, d’autres fois encore, il répondait avec exactitude sur l’ensemble de la conversation. Le fait est qu’il apparut absent à son interlocutrice.

    « Je suis émue. Excuse-moi, nous devions faire des glaces. Je suis à toi dans quelques petites minutes, le temps d’enfourner ça. » Le doctorant en médecine paraissait toujours aussi perdu dans ses pensées. « Ce bœuf a été tenace. Il ne s’est pas laissé faire. Enfin. N’hésite pas à t’asseoir. Cette incision s’est bien passée finalement ? ».

    « Un bœuf ne peut pas être tenace, et ne pas se laisser faire, puisque c’est par essence un morceau de matière organique. Si tu ne le cuisinais pas, il se décomposerait comme toute matière organique. » Réagit le Lunarian dès que le Dr. Lamb eut arrêté de parler. La blague faite juste avant par la psychiatre avait eu pour effet de tirer Sørensen de sa léthargie, et de lui faire retrouver sa pleine attention, et surtout ses maigres expressions faciales.
    « Je n’hésite pas à m’asseoir, enfin je crois. Je me demande surtout ce que veut dire la notion de « fond ». Tu as employé cette expression juste avant, et je trouve qu’elle ne veut rien dire. Au fond de moi, il y a 78 organes. Si tu parles des os, il y en a 206. C’est tout ce qu’il y a au fond de moi, des boyaux, du sang, des muscles, un phallus. Ce que ton patient voulait au fond de lui, je ne comprends pas ce que cela veut dire. Moi je veux une glace maintenant, tu le sais, donc je te l’ai dit parce que tu es le moyen par lequel j’aurai ma glace. Si je veux me masturber, je le ferai seul, parce que je ne veux impliquer personne. Les choses me paraissent simple : une idée équivaut, si nécessaire, à un acte. Est-ce parce que c’est un fou qu’il a quelque chose au fond de lui ? » Tout au long de son propos, Tobias avait mordillé son poignet comme il le faisait souvent quand il réfléchissait. Si son propos était clair, il avait pourtant été prononcé sans aucune intonation particulière. Sa voix avait été monotone, robotique. Par moments, il y avait quelques accents enfantins. C’était Tobias. Il vint s’asseoir sur une chaise de la cuisine, et mordilla son poignet plus longuement.

    « Oui, elle s’est bien passée, mais je n’aime pas qu’on me regarde en me jugeant, je trouve que c’est désagréable et cela me rend anxieux. Mais globalement, j’aime bien découper et faire des incisions sur de la matière organique. Le corps humain est tellement riche, et je trouve que j’en apprends tellement plus sur les gens que j’autopsie que sur ceux que je fréquente… À l’exception faite de mon grand frère, de toi, et d’un ou deux autres amis, je veux dire. Par exemple, le cadavre de hier appartenait à une personne décédée d’un cancer du poumon, dû à une inhalation prononcée de drogues aux effets graves sur la santé. Il avait environ 50 ans, plusieurs fractures au niveau des cubitus, ce qui indiquait un traumatisme plutôt ancien que j’estime à l’adolescence vu la forme des blessures. Son estomac m’a indiqué qu’il ne mangeait pas de manière très équilibrée, je n’ai pas pu m’empêcher de regarder ce qu’il y avait dedans, même si on m’a dit que cela ne se faisait pas. Je ne vois pas pourquoi puisqu’il est mort, cette personne n’est plus qu’un corps. Il pourrira dans quelques jours de toute façon. ».
    Tobias ne se rendait vraiment pas compte qu’il parlait beaucoup, et que cela pouvait incommoder ces interlocuteurs. « Donc tu vois, je progresse dans mes relations sociales. J’en apprends beaucoup sur plein de gens, systématiquement des morts. » Fit-il de la voix la plus sérieuse du monde.

    Puis, il marqua une pause.

    « C’était une blague, j’espère que tu rigoleras. ».

    Là-dessus, il en revint pour finir à la question initiale. « Je veux une glace à la framboise. » Pour ne pas changer.


    Merci de RP avec moi, 2.
    Contenu sponsorisé