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En -68 P.A, les anciens Terriens débarquaient sur la nouvelle Terra après des siècles d'errance dans l'espace. De cet événement s'est organisé, avec le temps, un nouvel ordre galactiques. Un exode, des tensions, l'évolution et l'indépendance. Ainsi se sont tissées les relations entre les planètes Terra, Luna, Antiopée et Dust. Comment apposerez vous votre marque dans cet univers prêt à changer du tout au tout ?La galaxie est pleine de mystères. Terra, Luna, Antiopée ou Dust, chaque planète éveille la curiosité des explorateurs prêts à tout pour marquer l'Histoire et percer les secrets de l'univers. Alors que la stabilité présumée entre les factions est mise à l'épreuve par l'arrivée d'un peuple inconnu, quelle aventure tenterez-vous de vivre ? Face à l'immensité de l'univers, les Hommes se prennent à rêver d'exploration. Terrians, Lunariens, Antiopéens et Dustiens, chaque peuples aspirent à en percer les secrets. Dans cette galaxie aux possibilités infinies, chaque individu peut changer le cours de l'histoire et voir sa vie prendre des airs de récits d'aventures. Dans de monde ouvert aux occasions multiples, qui serez-vous ?
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    Baklava ; ft. Yaara Shaushka

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    Baklava ; ft. Yaara ShaushkaMessage par Apollonia Ward le Jeu 1 Nov - 19:34
    baklava
    yaara shaushka & apollonia ward - nowhere
    C’était la première fois qu’Apollonia mettait les pieds dans une pâtisserie depuis des années… Enfin, de qualifier l’établissement de pâtisserie était un peu exagéré. Un étal dans une rue étroite qui dégageaient de lourdes effluves sucrées vers les fenêtres au-dessus, cela devait changer de l’odeur du sable ou des détritus. Si la chirurgienne s’y rendait pour se procurer des petits gateau sirupeux à la pâte feuilleté, ce n’était pas qu’elle entretenait une passion pour les sucreries; elle n’en mangeait que très peu .Elle avait besoin de ces sucreries pour une transaction des plus sérieuses. Si, du haut de son cheval de chirurgienne prothésiste prodige (un peu rouillée, mais tout de même), elle avait cru être préparée à n’importe quel problème de santé sur Dust, la vision d’une femme enceinte de la rue lui avait révélé qu’elle se trompait. Ses notions d'obstétrique dataient de ses études à Ys, et encore, elles étaient assez réduites, comme elle s’était désintéressée très rapidement de cette branche, jugée simplette, sans prestige. Tout ce qu’elle savait faire dépendait du support de la technologie avancée de Terra, elle ne serait jamais capable de répliquer ces procédures dans sa clinique rafistolée de Dust qui tenait avec les moyens du bar. La solution qu’Apollonia avait trouvé à ce problème était de simplement refuser de soigner les femmes enceintes… Solution qui l’enthousiasmait guère. L’idée qu’une femme se présente à sa porte, ayant déjà crevé les eaux, et qu’elle soit impuissante à l’aider de manière compétente l’inquiétait de plus en plus chaque jour.

    Jusqu’à ce qu’elle croise de nouveau cette même femme enceinte, qui devait probablement vivre non loin de chez elle. Bravant sa retenue habituelle, elle l’avait abordé, lui demandant ce qu’elle comptait faire pour la venue du bébé. « Curiosité professionnelle », s’était-elle justifié. Que ne fut pas sa surprise lorsqu’elle l’entendit répondre qu’elle se dirigerait vers le désert lorsque le temps approcherait. C’était bien le dernier endroit où s’attendait voir une femme en labeur se rendre. Devant sa stupeur, la femme la taquina, lui demandant si elle était du coin depuis longtemps, comme elle ne connaissait pas la Mère Shaushka, cette sage-femme presque mythique dont la caravane de bédouins s’établissait à différents endroits du Nowhere. Lorsqu’Apollonia lui demanda s’il était possible de lui rendre visite, la femme lui avait souri et répondu d’amener quelque chose de sucré.

    Dubitative, elle s’était donc acheté une boîte de ces pâtisseries collantes avant de se préparer à retourner au Nowhere, seule cette fois, priant pour ne tomber sur aucun ennui en chemin, connaissant sa chance. Elle fut agréablement surprise de n’être dérangée que par le vent, le sable et la chaleur, un trio connu. Des silhouettes floues et dansantes se distinguaient dans la direction où la femme enceinte lui avait indiquée, elle qui avait visité les bédouins quelques jours auparavant. La jeune femme abaissa le foulard recouvrant sa bouche et son nez lorsqu’elle arriva à la vue de bédouins qui regardaient l’horizon, en train de tenir la garde ou elle ne savait quoi. Personne ne sembla particulièrement troublé de son arrivée et lorsqu’elle demanda, hésitante, à être conduite à la Mère, personne ne parut surpris. On lui pointa alors une tente écarlate, reconnaissable entre toutes avant de lui laisser la liberté de s’y rendre. Peut-être la Terrianne était-elle plus pleine de préjugés qu’elle ne l’aurait cru, elle s’était attendu à être reçue avec méfiance et avoir de la difficulté à communiquer, il n’en était rien. Arrivée devant ladite tente, elle resta un peu devant son pan, nerveuse. Y avait-il un protocole à respecter ? Une formule à donner ? Essuyant quelques regards amusés des bédouins qui passaient, elle dû se résoudre à appeler en Terrian: « Je viens voir… Mère Shaushka ? » Puis, elle mit un pied à travers l’ouverture entre les bouts de tissus, ouvrant le pan pour entrer délicatement dans son intérieur tamisé, ne sachant pas ce qu’elle y découvrirait, bien franchement.
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    La vie qui régnait sous la tente rouge était riche et variée. Des femmes qui sont proches de la tombe et d'autre proche du berceau. Seulement des femmes qui parlent et vivent sans crainte, ici rien ne peuvent leur arriver. Seule la Mère enveloppe dans un linceul de mort quand le temps est venu.
    Sous ses tentures rouges écarlates, qui pouvaient sembler être une couleur violente pour les hommes, mais pleine de symbolisme, se trouvait un lieu plein de vie. Des tapis tissés par les bédouines, des coussins, de petits meubles de bois et beaucoup d'odeur et de chaleur dégagé par les pans de la tente et des petits feux qui éclairaient le tout.
    Yaara et son clan semblaient venir d'un autre monde, ancien et primaire, mais au final n'était-ce pas suffisant pour subvenir à ses besoins et apprendre à être heureux.

    Des jours ils y avaient des femmes au ventre rond, d'autres les épouses qui venaient à discuter de leurs époux, il y a des jours où les enfants venaient apprendre et à la période des tonte des moutons elles cardaient ensemble la laine pour tisser.
    Yaara vivait du travail de ses mains et de ceux de la caravelle, tous vivaient ainsi en paix et si la cupidité de l'homme venait à ébranler cette paix, alors il devait payer ou partir. C'était ainsi le prix à payer pour suivre la tente rouge. Vivre une vie de nomade en paix.
    Au centre de la grande tente rouge se trouvait un attroupement de femmes autour d'une autre au ventre rond, prête à délivrer la vie, elles étaient cachés par des voilages aux teintes rougeâtres et prunes. C'était une femme du clan, elle avait déjà donné sept fils à son époux et attendait un huitième enfant. Dès le départ de la grossesse elle s'attendait à ne pas avoir la force pour porter à terme cette vie. Pourtant la voilà protégé par ses pairs qui l’entouraient pour leur donner sa force dans ce cocon.

    L'atmosphère chaleureuse des chants et des encens se trouvaient interrompu par un courant d'air. Les mains apposés sur le ventre de Sari, Yaara élevait la voix – toujours douce – sans se retourner.
    « — Rentre ou sort, mais ne reste pas planter là. »
    La sage-femme laissait ses semblables prendre sa place, tandis qu'elle se relevait en retenant les pans de sa tunique grossièrement coupé au dessus de sa taille et retenu par une ceinture tressé. Sa tresse blanche retombait lourdement sur son dos, tandis qu'elle marchait à la rencontre de l'inconnu.
    Passant par delà les voilages si fins qu'ils en étaient transparent, elle scrutait et jugeait des pieds à la tête celle qui parlait le terranien.
    « — Tu n'es pas enceinte, je peux te le certifier, son regard se posait sur la petite boite qui lui rappelait des délices en provenance de la ville. Mon diagnostique était gratuit, mais si tu veux partager tes délices, tu devras attendre. C'est le bébé qui choisira l'heure du thé aujourd'hui. »
    Elle portait à ses lèvres un sourire gourmand, espérant que la visiteuse reste pour partager les douceurs avec elle autour d'une tasse parfumé et fumante.

    A l'extérieur une voix d'homme se faisait entendre, il faisait par qu'il venait de déposait devant la tente une jare d'eau. Yaara s'avançait à l'entrée de la tente, et bougeait la jeune étrangère en lui apposant ses mains sur ses épaules.
    « — Ne reste donc pas le passage. Si tu as de la force reste ici, sinon attend dehors. »
    A aucun moment, Yaara ne c'était réellement intéressé à la raison de sa venue.

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    baklava
    yaara shaushka & apollonia ward - nowhere
    La tente était plus spacieuse vue de l’intérieur que de dehors, Apollonia fut surprise d’y entrevoir plusieurs femmes en rond autour d’une autre dont elle pouvait voir le ventre distendu poindre au dessus de leurs têtes penchées. Une voix s’adressa à elle en Terrian, lui demandant de ne pas rester plantée, à la fois entrée et sortie. Embarrassée, comme si elle avait été prise la main dans le sac en train de faire quelque chose de répréhensible, la jeune femme fit un pas en avant, raide comme une barre de métal, pour se dégager des pans de tissus de la tente. Était-elle arrivée à un mauvais moment ? Probablement. Pas besoin d’avoir obtenu son diplôme de médecine pour comprendre qu’un accouchement avait lieu. Une silhouette aux longs cheveux blancs de détacha des autres alors qu’elle se redressait et se dirigeait vers elle. Apollonia se sentit prise d’une autre pointe de nervosité. On venait sûrement lui dire de revenir plus tard ou de sortir, elle n’avait clairement pas sa place ici. Elle resta là, se sentant toute petite, alors qu’elle tenait sa boîte de gâteaux, ne sachant plus trop quoi en faire, alors que la vieille femme à qui il manquait un oeil la dévisageait de la tête aux pieds. La chirurgienne déglutit, alors qu’elle était mise à l’examen. Lorsque la femme parla, ce lot de tension se défit d’un coup, alors qu’elle lui annonçait qu’elle n’était pas enceinte. Ça elle le savait, mais elle était soulagée de savoir qu’elle la regardait ainsi pour le déterminer. Elle ouvrit la bouche pour lui expliquer les raisons qui l’avaient amenée ici, mais la mystérieuse inconnue avait tout de suite amené son attention aux fameuses pâtisseries au miel. Ainsi, elle se rendit compte que celle à qui elle parlait devait bien être cette Mère dont tout le monde parlait, l’expression qui habitait son visage alors qu’elle faisait mention de ces petits délices ne trompait pas.

    Une voix d’homme se fit entendre et, avant qu’elle ait pu réagir, Apollonia fut déplacée, comme on déplace un objet encombrant, sans qu’elle ait eut le temps de sursauter. Elle hocha tout de suite la tête lorsqu’elle lui demanda de s’ôter du chemin, comme une gamine que l’on avait réprimandé. Pour la première fois depuis qu’elle avait mis les pieds dans la tente, elle fut capable de passer outre son sentiments de gêne pour prendre la parole, sans pour autant effacer toutes les traces d’hésitation dans sa voix: « J-J’aimerais rester et observer, si ça ne vous dérange pas... » Ce après quoi, elle déposa sa boîte de gâteaux d’un mouvement machinal sur la surface d’une petite table non loin de là, après s’être reculée quelque peu, pour laisser la voie libre près de la porte. À pas feutrés, elle s’approcha des femmes en rond, tentant de voir ce qui se passait, en gardant toutefois ses distances. Déjà, le manque de technologie la frappa. Comment cette femme pouvait-elle accoucher ainsi, carrément sur le sol, entourée de tous ces gens. C’était à des années-lumière des pratiques de Terra… Logique, vu que Terra était, dans les faits, à des années-lumière d’où elles se trouvaient en ce moment. Après un moment, comprenant, qu’elle pourrait être là un bon bout de temps, elle se résigna à s’asseoir par terre plutôt que de rester debout comme un roseau dans le vent, observant le déroulement de l’accouchement avec des yeux ronds.
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    La terranne lui faisait part de la raison qui l'amenait dans la tente rouge. Yaara n'avait que rarement interdit à des femmes d'y mettre les pieds, alors elle hochait la tête pour l'autorisé à prendre place. Plus il y avait de force, mieux ça serait pour la femme grosse, leurs voix et leurs esprits ne formeraient qu'un pour lui passer leurs énergie à la femme, lui donner la force de donner naissance à son huitième enfants.
    Yaara venait à prendre la jarre d'eau pour l'amener auprès du groupes de femmes, soupirant et tirant la langue face au poids du liquide dans le pot en terre cuite. C'était le pied traînant qu'elle arrivait sous les draps transparents.
    Une femme plus jeune qu'elle – ce qui était simple –  venait à l'aider et la débarrassait de son fardeau. La sage-femme reprenait sa place entre deux femmes, juste devant le ventre arrondit et tendu prêt à exploser.
    « — Mère Yaara se demande bien d'où tu viens petite terrane ? elle finissait par faire un geste de la main pour effacer cette idée. On verra plus tard, le bébé ne vas plus tarder. »
    Sari inspirait et expirait à chaque instant pour supporter le travail.

    C'était une myriade de mains qui s'affairaient autour et sur la femme enceinte. Certaines lui massaient les membres sous des gestes circulaires pour la détendre, une lui refroidissait le front et Yaara apposait ses mains sur son ventre.
    « — Passe moi les huiles, demandait-elle à la femme à sa droite. »
    Cette dite femme lui passait une petite fiole contenant des huiles essentiels, la vieille femme humait le parfum et hochait de la tête satisfaite du choix qu'on lui avait fournit. Elle défaisait le bouchon de liège et versait une rasade d'huile sur ses mains.
    Et tendait la fiole à la visiteuse qui désirait observer.
    « — Quelles sont les huiles que j'utilise ? Yaara questionnait la terrane pour établir l'étendu de ses connaissances, puisqu'elle voulait apprendre. »
    La sage-femme frottait ses mains l'une contre l'autre, avant de masser le ventre de la femme enceinte. Elle effectuait des gestes précis à des endroits clefs pour l'aider à faire naître l'enfant. On entendait que la femme enceinte souffrait – à la normal dans ce genre de situation – mais qu'elle était en confiance.

    Ses doigts noueux rendaient la peau tendu luisante sous les huiles. Le produit pénétrait à chacun de ses passages et les effets se font sentir sans tarder. Elle avait laissé l'étrangère réfléchir aux parfums doux et entêtant des produits.
    « — Jasmin et lavande pour atténuer la douleur, bois de cèdre pour détendre les muscles. »
    Lorsqu'elle avait fini de parler, la vieille femme commençait à psalmodier dans sa langue maternelle  et les autres femmes la reprenaient en cœur. Leurs voix se formaient à l'unisson, dans un bruit rassurant et qui arrivait à bercer. Toute c'était resserraient les une contre les autres, apposant leur mains sur Sari.
    Une sorte de force, d'énergie communicative se ressentait dans la pièce, presque semblable à l'énergie des cultistes – sans pour autant l'être –. C'était une transe chamanique qui se passait sous la tente rouge, une histoire que seule les femmes connaissaient.

    Le temps passait sous les prières des déesses de Yaara, appelant leurs aides pour que la femme survive et que la mort ne se tienne pas dans un coin, prête à prendre ses bras la mère ou l'enfant. C'était pour ça qu'il y avait des idoles à chacun des points cardinaux de la pièce pour chasser la mort.
    « — Le bébé arrive, tu vas y participer. Yaara lui faisait un geste de la main, elle avait des jambes solides, assez pour supporter une femme enceinte. Prête ta force à Sari. »
    La caravane était multi-ethnique et la plupart des femmes pouvaient communiquer ensemble, ayant apprit une langue commune pour se comprendre. Et en ayant entendu ses propos, l'une d'entre elle apportait des briques. Rapidement, elle se lavait les mains pour faire disparaître le produit et accueillir le bébé dans de bonnes conditions.
    Sari devrait poser ses pieds sur les briques, soutenue par deux femmes sous les aisselles, où elle pourra poser tout son poids sur elles. Et elle poussera pendant que Yaara récurerait le bébé. C'était ainsi qu'elle avait fait naître chacun des enfants.
    Parfois elle devait couper la chair de la mère pour que l'enfant puisse naître. Mais c'était la façon la plus simple et moins douloureuse qu'elle avait pour faire naître les enfants. Donnant dans cette position toute la force nécessaire à la mère de pousser.

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    baklava
    yaara shaushka & apollonia ward - nowhere
    Après qu’elle ait rejoint le cercle qu’Apollonia observait, en retrait, la Mère Shaushka sembla lui adresser de nouveau la parole. Lui demandait-elle directement d’où elle venait ou pensait-elle à haute-voix ? Difficile à dire. Difficile de savoir quoi répondre également. Elle pouvait bien dire qu’elle venait de Dust, mais elle avait la nette impression que la femme âgée verrait rapidement que ce n’était pas toute la vérité. Ce n’était pas quelqu’un à qui l’on pouvait mentir, comme elle le faisait aux autres et à elle-même. Avant que la Terranne ait pu en arriver à une réponse succincte, la sage-femme avait littéralement balayé ce sujet sous le tapis, préférant se concentrer sur l’accouchement en cours, ce pour quoi Apollonia ne lui tint pas rigueur; elle désirait peu de se pencher sur ce sujet. La chirurgienne observa alors tour à tour chaque femme et ce qu’elle faisait pour aider la mère. Dans une salle d’accouchement terrane, ce flot de mouvement et de paroles aurait été considéré superflu, voir dérangeant, mais dans la tente rouge, tout cela se déroulait dans une cadence fluide, sans déconcentrer la mère ou Yaara qui posait ses mains sur son ventre.

    Comme si elle avait flairé les raisons de sa venue, cette dernière lui posa une question semblable à une question d’examen. Elle la testait, avec une certaine douceur espiègle, mais il n’en fallait pas plus pour venir chercher chez la jeune femme cette envie de performer et de plaire. Elle accepta la fiole qu’on lui tendait, reniflant le fumet qui s’en dégageait. C’était floral, frais et familier. Elle était sûre de connaître ces odeurs, mais était assaillie par des souvenirs de pot-pourris plutôt que par des connaissances médicales. Si les molécules et produits utilisés dans la médecine terrane provenaient, au départ, de plantes, Apollonia ne s’y était jamais intéressé. Elle appréciait les plantes pour leurs apparences et non leur propriétés médicinales. Elle devrait les étudier si elle voulait pouvoir les utiliser, à Dust, où, malgré le climat désertique, elles seraient plus accessibles que des médicaments chimiques. La chirurgienne ouvrit la bouche pour répondre, elle reconnaissait la lavande. Cependant, elle se ravisa aussitôt, comprenant que d’autres odeurs y étaient mêlées. Elle ne voulait pas donner de réponse incomplète, prenant ce test très au sérieux. Les gémissements en crescendo de la femme qui accouchait happèrent alors son attention, l’arrachant des odeurs des huiles mystère. Ayant attendu assez longtemps, Yaara expliqua ce qu’elle avait senti et les effets que ces huiles devaient produire. Déçue, Apollonia se demanda si elle avait échoué une sorte de test d’entrée, se faisant ainsi refuser l’accès aux enseignements précieux de la sage-femme. Elle se demandait aussi si de simples huiles allaient soulager cette femme de ses douleurs. Étonnement, sous les massages de Mère Yaara et les voix qui chantaient à l’unisson, son front plissé par l’effort et la douleur se détendit. Apollonia en fut fascinée, comme si elle assistait à un rituel magique et totalement étranger, elle qui, pourtant, avait déjà assisté à des accouchements dans le passé.

    C’est alors que Yaara s’adressa de nouveau à elle. Pendant un moment, elle douta d’être vraiment la cible de ses propos, levant la main pour se désigner elle-même, l’air de dire:« Moi ? Vraiment ? » Ne venait-elle pas d’échouer le test ? Et elle voulait qu’elle aide, elle qui ne connaissait rien à leurs pratiques ? Pas le temps de se poser trop de questions de demander ce qu’elle voulait qu’elle fasse concrètement. Elle se leva de l’endroit où elle s’était assise pour se rendre dans le cercle qui lui faisait une place. Voyant une femme arriver avec des briques, elle eut une vague idée de ce qu’elle devait faire, bien que l’idée de mettre une femme sur ses deux jambes pour qu’elle accouche lui paraissait saugrenue. À Terra, les femmes accouchaient couchées, sans trop sentir ce qui se passait en bas de le bassin, c’était tout à fait le contraire de ce qu’elle faisaient ici. Imitant l’autre femme qui glissait son épaule sous l’aisselle de Sari, elle aida à la soulever, engageant ses abdominaux pour soutenir le poids que la femme leur laissait, concentrant ses énergies pour pousser. Apollonia sentit la main de Sari dont les ongles se plantaient dans son bras, comme si elle pouvait sentir tous ses efforts à travers elle. La jeune femme pensa tout de suite qu’elle serait incapable de rester ainsi pendant des heures, mais l’idée d’échouer un autre test l’angoissait, elle redoubla donc d’ardeur, tentant tout de même de voir ce que Yaara faisait, plus bas.
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    Sari était en place, prenant la force des porteuses et s'appuyant sur les briques de terre cuite qui était sous ses pieds. Agenouillée devant-elle, la vieille femme qu'était Yaara semblait si petite en comparaison du ventre prêt à exploser. Levant la tête et observant de son seul œil valide, elle parlait à Sari pour la rassurer, lui dire qu'elle avait la force pour mettre au monde ce huitième – et espérons le, dernier – enfants.
    Elle serrait sa main fermement et lui ordonnait de vivre et de lui faire confiance. Voilà la clef de la réussite de Yaara. La confiance. Cette chose intangible et pourtant si vitale, si l'esprit se sentait en confiance alors le corps se détendait, le travail était plus simple pour tout le monde. Chose que beaucoup de médecins oubliaient sur les différentes planètes, trop adsorbée par les chiffres et les résultats scientifiques, oubliant que derrière le dossier d'un patient, se trouvait une âme. Avec un nom, des histoires, des envies et des rêves.
    On pouvait traiter un corps comme on le voulait, si l'esprit était stérile et en jachère, alors tout était vain.
    C'était là le but de la tente rouge, un refuge pour les âmes de femmes et des morts. Une écoute de l'esprit pour soigner un corps et lui permettre de vivre. Un souffle vie. Certains criait à la sorcellerie, d'autre à des miracles, alors qu'il s'agissait seulement du travail en harmonie de plusieurs femmes.

    Yaara donnait ses ordres et Sari s’exécutait, comme chacune des autres femmes présentes sous la tente rouge. Elle ne pressait rien, et laissait la nature faire son œuvre, lorsque le col était dilaté et que la tête passait – ce qui était rapide, vu que la majorité du travail avait eu lieu précédemment, lorsque Sari était couchée –, la sage-femme lui ordonnait de pousser.
    Sari poussait de toute ses forces, criant pour se donner de la force et elle s'ancrait sur le corps de ses porteuses. Les doigts noueux de Yaara quand à eux s'activait entre ses jambes, elle récupérait la tête de l'enfant, et par des années d'expérience, elle attrapait le reste de son corps.
    Un corps violet par la compression, sale et hurlant de vie. Une âme qui vivrait peut-être aussi longtemps que Yaara, si les déesses le voulaient bien. Il s'agissait d'une petite fille, née sans dent, mais avec une touffe de cheveux sur la tête, un enfant de bonne constitution, et d'un poids légèrement plus léger que la moyenne, mais viable.
    Un couteau dans les mains, elle coupait le cordon ombilicale et ordonnait aux femmes de la recoucher à nouveau. On était au petit soin avec la mère, lui épongeant le front, lui donnant à boire de l'eau sucré pour la revitaliser. Pendant ce temps-là, Yaara nettoyait grossièrement l'enfant et l’emmitoufler dans un linge propre et blanc.

    Ce n'était qu'après tout ceci que la mère et l'enfant pouvait être réunit, peau contre peau, sur son sein. Ce bébé-ci ne cherchait pas à encore à têter au sein de sa mère, mais ça ne serait tarder. D'ici dix à quinze minutes viendrait la délivrance, et Sari expulserait le placenta de corps, mais le temps était venu de profiter de l'instant, de sa petite fille.
    Yaara avait la prescience et savait qu'il s'agirait de sa dernière grossesse, la mère devenait trop vieille pour donner vie à un bon bébé, capable de respirer par lui même sur Dust, ou même pour rester en vie. Quand le temps sera venue et qu'elle partagerait à nouveau la couche de son époux, elle lui concocterait une recette à base d'herbe pour qu'elle ne soit pas fertile à chacune de leur étreinte.
    La sage-femme avec un grand sourire tapait sur les épaules de la terrane pour la féliciter de son travail.
    « — Par les tétons de la mère, t'es blanche ! Yaara prenait dans ses mains le visage de la jeune femme et lui pinçait doucement ses joues rondes. Il te faut des jambes solides, des doigts agiles, un esprit vif et un cœur doux si tu veux mettre au monde des bébés. »
    De son seul œil valide, elle balayait le lieu de culte d'un regard, cherchant des sels pour lui donner afin qu'elle récupère des forces.
    « — C'est du bon travail... Yaara n'avait pas son nom, ni son prénom. Ah la voilà ! »
    Elle claquait dans ses mains et partait à la recherche de cette petite boite en métal, la glissait dans les mains de la jeune terrane quand elle l'avait.
    « — Renifle, ça te fera du bien, mimait-elle ses paroles, Tout n'est pas fini encore. »

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    baklava
    yaara shaushka & apollonia ward - nowhere
    Lorsqu’elle entendit le premier cri de l’enfant, Apollonia sentit une moiteur sur ses joues. De la sueur ? Non, une larme. Elle aurait put rapidement rationaliser et mettre cela sur le dos de l’effort qu’elle n’avait pas été préparé à faire, mais il n’en était rien et elle le savait. C’était quelque chose de puissant, d’infiniment touchant qu’elle venait d’observer, et de ressentir presque, aux premières loges. Ça n’avait rien à voir avec les accouchements où ne voyait le visage de la femme que quelques secondes. Elle avait tout vu, tout entendu de ses efforts, des instructions fermes mais douces de Yaara. Bien qu’elle n’avait jamais eu d’enfants, elle avait l’impression de comprendre un peu plus ce soulagement et cette plénitude qui s’étaient peints sur le visage de Sari alors qu’elle accueillait son enfant violacé dans ses bras exténués. La chirurgienne se sentait elle même vidée, alors qu’elle n’avait presque rien fait. Était-elle trop faible pour apprendre le métier de sage-femme ? Jamais elle n’aurait imaginé que les processus demandait autant de robustesse… Mais ils étaient à Dust, elle oubliait sans cesse de s’endurcir. Lorsque le poids de Sari avait été ôté de sur ses épaules, Apollonia dut faire l’effort conscient de ne pas vaciller mais resta debout, de peur de ne plus vouloir se relever par la suite. La franche tape dans le dos que Yaara lui asséna manqua de l’envoyer aussi les genoux dans le sable, ce qui la fit s’exclamer avant qu’elle se saisisse de son visage, trop pâle selon ses dires. Ce n’était pas la vue du sang, mais bien un épuisement qu’elle ne comprenait pas encore, qui venait peut-être plus de sa volonté de retenir une larme unique que de la force qu’elle avait dû déployer. Son coeur était probablement encore moins solide que ses jambes. Lorsque la Mère libéra finalement son visage, la Terrane effaça toute trace de moiteur sur ses joues endolories d’un revers de manche, se demandant si la vieille femme lui énumérait les qualités requises pour le travail de sage-femme pour le plaisir ou parce qu’elle avait encore, mystérieusement, deviné ses intentions.

    Elle fut toutefois rassurée en l’entendant dire qu’elle avait fait du bon travail. La jeune femme ne se rappelait plus la dernière fois qu’on lui avait servi ce genre de reconnaissance, elle ne s’était jamais admis à quel point elle en avait besoin. Elle ne se fit pas prier pour renifler les sels qu’on lui offrit, admettant encore une fois que cela fonctionnerait mieux qu’elle ne l’aurait cru. Elle arqua toutefois un sourcil dubitatif en entendant qu’il y aurait suite. Pourtant, le bébé était né, n’était-ce pas la fin ultime du processus ? Elle voulut lui demander ce qui pouvait bien rester à faire, mais se rappela qu’elle ne s’était même pas présentée avec toute l’action de la tente. « Je n’ai pas eu le temps... », commença-t-elle, ne sachant pas trop comment formuler ce qu’elle voulait dire. Elle décida alors d’abandonner et d’aller droit au but. Son aplomb retrouvé, elle s’annonça presque solennellement: « Je m’appelle Apollonia Ward et j’aimerais apprendre ». Mère Shaushka comprendrait sans doute qu’elle faisait référence à ce qu’elle venait de faire, mettre au monde un bébé au milieu du désert. « Je suis médecin », ajouta-t-elle finalement, comme si elle devait montrer une lettre de recommandation à la vieille femme borgne. Elle regretta quelque peu d’avoir mentionné ce détail, de peur de sembler arrogante, elle qui ne savait que trop bien que ce titre avait perdu pour elle tout prestige depuis longtemps. Peut-être avait-elle précisé cela pour prouver qu’elle était sérieuse et éviter qu’on ne lui montre la porte.
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    D'un œil critique, elle observait son corps reprendre des couleurs grâces aux seuls et au repos suite à l'effort physique. Yaara n'avait jamais caché à quel point il était exténuant de faire naître des enfants, chacune des femmes présentes étaient là pour faire unir leur force à l’unisson.  Se massant les mains qui se raidissait avec l'âge, la sage-femme prenait en note chacune des informations qu'elle lui faisait part.
    « — Que tu sois médecin, cuisinière ou fille de joie ou autre, tu peux apprendre, il suffisait d'être une femme et d'avoir de la volonté, c'était les deux seuls et uniques critères qu'elle réclamait. »
    Semblable à une petite souris qui garde ses précieuses miette de fromage, elle rangeait la petite boite de fer, et deux trois objets dans la tente.
    Ce qui ne l'empêchait pas de discuter avec la jeune terrane.
    « — D'où viens-tu sur Terra ? Le réservoir, Eisen, le bateau... silence. J'oublie toujours le nom de ce fichu bateau, Ys ou... Vous avez trop de région sur Terra, j'ai toujours eu du mal à toutes les retenir. »


    Yaara se massait le bas du dos en marchant, le vent monterait ce soir lui indiquait son vieux corps. Les genoux c'était la pluie et le dos le vent. Le campement devra rentrer les batteries de cuisines pour la nuit et veiller à bien sécuriser les enclos pour éviter que des têtes du bétails s'enfuissent.
    « — C'est toujours bon d'avoir un médecin sur Dust, elle reprenait en écho murmuré, c'est très bien... »
    Trottinant telle la vieille femme qu'elle était Yaara allait un endroit à un autre, pour fini par se poser au devant de Sari, à accroupi en face d'elle, elle observait le petit être qui était posé sur son sein. Il était dur pour des novices de séparer les deux juste après avoir donner naissance, mais c'était un mal pour un bien. Si le placenta restait dans les entrailles de la mère, elle mourrait. Aussi simplement que cela.
    « — Est-ce que tu es prête à faire des sacrifices pour apprendre ? la questionnait-elle très sérieusement pour la première fois depuis qu'elle était présente. »
    Un sacrifice n'était pas obligatoirement de sang, il s'agissait d'un renoncement de soi pour une cause ou pour autrui. Qu'il soit douloureux ou non, cela ne revenait qu'à l'intéressée de le savoir et de le vivre comme tel.

    Comme pour appuyez ses propos aux gestes, elle tendait les bras vers Sari pour lui prendre son enfant. Si la première fois la mère c'était questionnée sur la raison de son geste, au bout de la huitième fois, elle connaissait la procédure, comme si c'était elle la sage-femme.
    « — Il est temps Sari. »
    Prenant le nourrisson avec une délicatesse inattendu par rapport à son timbre de voix, elle glissait ses mains sous son corps et soutenait sa tête. Pour autant, elle ne l'observait pas avec cet air qu'on pratiquement toutes les femmes lorsqu'elle voit un enfant qui vient de naître dans leurs bras. Yaara était détachée de tout cela, sans une once de mauvais en elle.
    La sage-femme remettait la petite fille à une femme pour qu'elle puisse s'en occuper jusqu'à ce que la délivrance ait eu lieu. C'était à nouveau le même manège qui se reproduisait, mais cette fois pour une poche de sang.
    Yaara n'obligeait pas la jeune Apollonia à porter à nouveau la femme enceinte, à la place, elle lui demandait de l'observer sans la déranger pendant son travail.
    « — Qu'as-tu retenues de la journée ? lui demandait-elle alors qu'elle récupérait le placenta entre ses mains, suite à une poussée de Sari, Et voilà ma grande, nous irons le cuisiner pour toi et le bébé. »
    Cuisiner le placenta et le manger donnait beaucoup de protéines et de forces idéals, après un accouchement et finalement Sari pourrait profiter de sa petite fille couchait à l'abri dans la tente rouge.

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    Mère Shaushka avait réagi à l’annonce de sa profession à peu près comme elle se l’était imaginé, quoiqu’avec un peu plus de douceur qu’elle ne l’aurait cru. Néanmoins, le message était clair, son statut de médecin ne changeait rien à son désir d’apprendre. Apollonia réalisait qu’elle ne partait pas avec une avance aussi considérable qu’elle aurait pu le croire. Habituée à être soutenue par la technologie comme d’une béquille, elle n’en savait que trop peu sur les plantes et leurs propriétés, encore moins celles de Dust, et des techniques d’accouchement plus...Rustiques. Encore un peu honteuse après avoir remis le flacon de sel à la sage-femme, elle fut surprise de l’entendre lui demander d’où elle venait. C’était un sujet qui était rarement abordé sur Dust, avec raison. Si les raisons de la venue de beaucoup n’étaient pas nécessairement taboues, la Terrane n’en avait discuté avec personne. Le commentaire de la vieille femme sur les nombreuses régions de Terra la fit sourire et baisser sa garde, ce qui lui permit d’avouer à voix basse ce qu’elle n’avait jamais partagé à personne depuis 3 ans: « Ys- » La chirurgienne se garda d’en ajouter plus, voyant que se interlocutrice se mettait en marche, telle une petite fourmi qui s’affairait sans cesse. Apollonia se mit donc à la suivre, n’étant pas sûre si ce départ mettait fin à leur conversation ou non. Sans trop savoir si la sage-femme s’adressait à elle ou non, elle l’entendit néanmoins ajouter ce qu’elle pensait de la venue d’une médecin de Terra sur Dust. Cette réflexion portée à haute rassura un peu cette dernière, qui se sentait toujours un peu idiote de l’avoir mentionné en pensant que c’était important, au moins Yaara ne la prenait pas pour une pimbêche arrogante à peine débarquée de Terra… Apollonia craignait-elle donc de paraître ainsi parce que telle était son image des Terrans ? Elle n’osa pas y songer davantage et suivit la Mère Shaushka en silence.

    Elles se rendirent alors jusqu’à Sari qui tenait son nouveau-né dans ses bras. Yaara avait glissé qu’elle n’en avait pas encore fini avec l’accouchement, ce qui rendait Apollonia perplexe, était-il question d’une étape rituelle ou quelque chose du genre ou oubliait-elle quelque chose d’important ? Un interrogation à son endroit la tira de son hésitation. Bien que c’était Sari qu’elle regardait, il était clair que la sage-femme ne s’adressait pas à elle. La première pensée qui lui vint lorsqu’il fut question de sacrifice était qu’elle n’avait plus grand chose à perdre de toute façon. Pour quelqu’un qui avait été habituée à vivre avec beaucoup beaucoup plus, il était facile de se convaincre que, sur Dust, il ne lui restait plus que son corps et son temps à donner. « Oui », répondit-elle sobrement. Elle n’était pas sûre de ce que ces sacrifices impliqueraient, mais quelque chose lui disait qu’elle ne devait pas tourner le dos à cette opportunité. D’apprendre à être sage-femme lui semblait la seule chose qui faisait du sens dans son quotidien à Dust, enfin quelque chose d’autre que de s’engourdir à travers les jours sans but.

    Yaara redirigea alors son attention vers Sari qui la laissa prendre le bébé sans broncher, visiblement au courant de ce qui allait suivre.Voyant que le processus de l’accouchement allait recommencer, Apollonia resta perplexe jusqu’à ce qu’elle se rappelle soudainement qu’elle n’avait pas encore expulsé le placenta. Certes l’obstétrique n’avait jamais été sa force, mais elle se sentit encore une fois bien incompétente pour avoir oublié un fait de base. Était-elle à ce point rouillée ? Non, pas rouillée, détachée de l’expérience de l’accouchement, certainement. Le placenta n’était qu’un détail insignifiant à Terra, mais sous la tente rouge, c’était une question de vie ou de mort. Au moins, elle avait vécu ce soudain rappel en silence, n’alertant pas l’experte sage-femme de son oubli, cette dernière bien plus occupée à assister Sari. La chirurgienne observa alors le processus, contente de ne pas y prendre part cette fois, par fatigue et par curiosité. La poche sanguinolente et viandeuse une fois entre ces mains, Yaara s’adressa de nouveau à elle, la prenant de court, comme à chaque fois qu’elle parlait. La réponse lui vint rapidement, comme poussée par un court accès d’honnêteté: « Franchement, je retiens que je ne sais rien ». Si elle avait toujours été considérée comme une prodige en son domaine, très rarement s’était-elle sentie aussi incompétente. Si elle aurait pu, il y avait de cela peu de temps, lever le nez sur les pratiques de la tente rouge, les qualifiant de barbares et primitives, elle voyait désormais qu’elle n’était qu’ignorante. Elle avait tout à apprendre de nouveau. Elle ne put justement retenir un haut le coeur à l’idée de manger le placenta dont l’aspect peu ragoutant ne lui inspirait pas confiance, mais au moins, elle comprenait le but. Mais c’était ainsi que devaient se faire les choses à Dust. Elle doutait que Yaara soit dépendante de quelconque fournisseur ou contrebandier pour faire son travail. Tout ce dont elle avait besoin tenait dans une tente. Sentant germer un réel enthousiasme pour ce projet, Apollonia prit soudainement peur de le voir mourir dans l’oeuf. Elle voulut donc en avoir le coeur net et demanda à la sage-femme avant que celle-ci ne trottine hors de sa portée: « Est-ce que ça veut dire que vous acceptez que j’apprenne avec vous? » Tout se déroulait comme si sa première leçon avait déjà commencé… Et si Mère Shaushka ne croyait pas qu’elle soit prête à y mettre du sien ? Peut-être aurait-elle dû lui répondre autrement...
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    Les mains sales par le fruit du corps de Sari, Yaara déposait ce que l'on pouvait appeler comme de la viande dans une coupelle de métal. La vieille dame se relevait et allait se lavait ces dernières couvertes du sang de la mère.
    « — Je ne sais rien non plus. la sage femme se tordaient les mains sous l'eau qui tentait de tons carmins. Fou est celui qui proclame le contraire. Malheureux s'il l'est. elle rinçait ses mains. Il te faudrait plus d'une vie pour tout connaître et à quoi bon ? A la fin, tu es seul avec la vérité. C'est une vie peu enviable. »
    Yaara secouait ses mains dans le vide pour se défaire de l’excédent d'eau, puis elle s'essuyait sur un linge propre. En se retournant, elle observait l'âme qui se trouvait devant son œil de borgne. Un regard perçant, qui cherche à vous sonder à l'intérieur, au delà du physique.

    « — Donner la vie, c'est aussi donner la mort. »
    La vieille femme parlait lentement, pour faire comprendre ses propos et la véracité de ces derniers. C'était une réflexion qu'elle donnait à chacune des mères qui se questionnait sur le fait de garder ou non son bébé dans un monde qui semble hostile.
    « — Si ton âme est capable de supporter cette vérité, commençait-elle, et que tu es prêtes à donner de ta personne et de ton temps, la tente rouge t'es ouverte. »
    La tête de la vieille femme dodelinait doucement sur ses affirmations. Le linge retournait là où elle l'avait prit, plus chiffonné et plus humide qu'auparavant.

    Rattrapé par son âge vénérable, Yaara avait besoin de s'asseoir. Ce qu'elle faisait, plus en arrière de la place où eu lieu l'accouchement. Elle aurait aimer fumer le narguilé sous la tente, mais elle s'était toujours refusé cela en présence de nourrisson.
    A la place, d'une voix douce et d'un geste de la main, elle appelait une des femmes, lui demandant d'apporter du thé et les douceurs qu'avaient amener la terrane en présent.
    « — Dans ma longue vie j'ai donné la mort, mais une mort nécessaire à la vie. Celle d'un cycle aussi vieux que les étoiles. Mais toi, es-tu prête à vivre avec des esprit qui te hantent chaque nuit ? Ceux qui n'ont pas pu crier au monde leur nom et qui se sont fait avaler par les ombres ? »
    Yaara était solennelle dans ses propos qui soulevaient ses mains et qui les abaissaient, si ses mots n'avaient pas ce sens là, on aurait penser à une femme perdue et éradique.

    Une des femmes apportait sur un plateau deux tasses de thé tiède et des gâteaux.
    « — Si tu es prête à passer autant de temps qu'il faut sous la tente rouge et avec la caravelle, tu pourras apprendre tout ce que mes mères et leurs mères m'ont apprise. elle trempait ses lèvres sur le rebord de la tasse. Pour certains il faut six mois, d'autre un an et parfois une vie de ne suffit pas. On ne peut pas forcer la nature. »
    Yaara souriait comme une mère. Elle ne pouvait pas apprendre à retourner un bébé qui naissait par le siège, si tous les enfants qui se présentaient à elle était docile et calme. Elle ne pouvait pas apprendre à couper les chairs des mères si les enfants étaient tous à la taille prévu.
    « — Mère Yaara se demande ce que tu désires pour ton avenir ? »
    On ne se perdait pas sur Dust sans aucune raison..

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    baklava
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    Même si Apollonia comprenait ce que Yaara voulait lui faire comprendre, quelque part, elle  doutait que la femme âgée ne sache rien. C’était peut-être une façon de parler, une philosophie de modestie devant les connaissances, mais de là à ne savoir rien du tout, il y avait plus qu’un pas. La jeune femme avait pourtant l’impression que l’oeil unique de la nomade pouvait tout savoir rien qu’en la scrutant profondément un instant. La chirurgienne baissa les yeux sur les mains se débarrassant petit à petit du sang poisseux qui les recouvraient, tentant de réfléchir à ce qu’on lui avait dit. Elle avait bon nombre de connaissances médicales qui, au final, ne l’avaient pas aidée, ni à survivre sur Dust, ni à trouver le bonheur.

    Elle leva les yeux en entendant Yaara de nouveau lui adresser la parole, d’un ton plus sombre, voire solennel. Elle était tout à fait au courant des risques mortels de l’accouchement pour la mère ou son enfant, mais d’un point de vue théorique. Sur ce point, Mère Shaushka ne lui apprenait rien. C’était cependant un rapport bien différent avec ce risque mortel que la sage-femme entretenait, si on la comparait à un médecin terrian. Dans la tente rouge, il n’y aurait aucune distance possible, cette mort serait sur ses mains. Apollonia hocha tout de même la tête d’un air décidé. Elle était médecin, elle savait ce que c’était, d’une certaine façon… Enfin, elle l’espérait.

    Suivant la sage-femme qui continuait son trajet à travers la tente, la terranne se permit de s’asseoir à son tour lorsqu’elle vit qu’on apportait ses pâtisseries à cette première qui avait décidé de se reposer, de toute évidence. Cela ne signifiait pas pour autant que la conversation devenait plus légères. Lorsqu’il fut question d’être hantée par des esprits, Apollonia ne fut guère apeurée, elle avait trouvé depuis longtemps des moyens efficaces de faire taire ces voix. Au lieu d’hocher de nouveau la tête, elle lui répondit cette fois de vive voix: « Je le suis ». Peut-être était-elle moins sensible que Mère Shaushka, mais elle ne voyait pas pourquoi ces esprits la hanteraient… À moins que leur mort ne soit due à une erreur de sa part. Elle n’avait pas songé à cela. La chirurgienne fut prise par le doute, mais il était trop tard, elle avait déjà affirmé le contraire. Elle déglutit. Il fallait qu’elle résiste à la tentation de regarder vers l’arrière. Ce qui l’attendait là n’était qu’un néant familier, rien de bon.

    Elle décida de chasser ces idées grises en se saisissant de la tasse restante. Le thé tiède mais aux arômes rafraîchissantes l’apaisa un peu. Yaara lui indiqua alors que d’apprendre impliquait de rester un certain temps à la caravelle. Ce n’était pas comme si elle ne pouvait pas retourner en ville pour s’occuper d’un ou deux petits trucs avant de revenir et, malgré ses premières impressions, les alentours de la tente rouge semblaient être un endroit où il faisait bon vivre et où l’on devait se sentir moins seule que dans la ville grouillante. Tant bien que mal, la jeune femme rationalisait pour faire taire le doute, la peur du changement qui lui chuchotaient de retourner de là d’où elle venait au plus vite et d'abandonner ce projet. Ce fut à ce moment que la mère lui posa une question dont la réponse fut plus efficace qu’elle avait tenté jusqu’à présent. Le visage d’Apollonia s’éclaira quelque peu alors qu’elle venait à cette réalisation. Elle posa sa tasse avant de répondre: « Ce que je veux, c’est un avenir tout court. » Elle avait fui à Dust et avait fait ce qu’il fallait pour survivre au quotidien, mais jamais elle n’avait envisagé de projet d’avenir. Le sol poussiéreux de Dust ne lui avait permis aucun enracinement jusqu’à présent. Pour la première fois, cette idée de devenir sage-femme lui donnait l’occasion de se projeter dans l’avenir, ne serait-ce qu’un mois ou un an et c’était beaucoup plus rassurant qu’elle n’aurait pu imaginer. Elle sourit à la vieille femme borge, sachant qu’elle n’aurait pas besoin d’une myriade de détail pour comprendre. Après tout, elle aussi était sur Dust, elle devait être familière avec ce sentiment après l’exil..
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    C'est de l'aplomb qu'elle entend dans sa voix. Un sentiment qui prend le dessus, celui qui veut révolutionner un monde. Elle sait qu'elle n'a pas la prétention de révolutionner le monde, mais le sien... C'est déjà beaucoup.
    Il y a un sourire maternel qui se forme sur ses lippes ridées, silencieuse, chaleureuse. Elle incline la tête, et partage son repas. C'est ça la vie. Le partage, l'évolution, le changement, le renouvellement. Du moins dans la caravelle et dans la tente rouge. Un lieu hors du temps et de l'espace et pourtant qui se trouve partout. Des voyageurs qui marchent sur différents sols, qui parlent différentes langues, qui prient différents dieux, mais rêve à l'unisson.
    Dans les autres coins et recoins de la tente, on entend des femmes rires, d'autres chantonner des berceuses, il y a des murmures, des histoires. Le chant de la vie, qui se retrouve mêler aux hommes derrières qui exprime leur joie de voir une nouvelle vie rejoindre leur existence.

    Yaara semble ailleurs, elle tends l'oreille à tous les bruits qui l'entoure. Elle est paisible, comme une vieille femme heureuse et pourtant mélancolique. Un sentiment qui s'efface avec le temps, comme le sable qui recouvre les traces des voyageurs portés par le vent.
    « — Pour ce soir, tu resteras avec nous. Tu danseras, mangeras et boiras avec nous. Un homme ou une femme te fera de la place sous sa tente pour la nuit. à l'abris du froid mordant des déserts nocturnes. Et demain, tu pourras partir, en sécurité. »
    La sage femme à tellement l'habitude de voir les gens s'échanger leur place dans les tentes, de dormir un jour dans les bras de quelqu'un, puis un autre soir, dans ceux d'un autre. Rien n'appartient à personne. Personne n'appartient à personne. Libre des choix, et conscient de leurs actes.
    Ils étaient tous assez aguerrit pour tenir leurs promesses qu'ils se sont fait ensemble, sans qu'elle est besoin de faire la police.

    « — Met tes affaires en ordre. brisait-elle son silence après avoir ingurgiter une bouchée du gâteau. Quand tu seras prête, nous serons là pour t'accueillir. »
    Yaara s'essuyait les lèvres d'un revers de la main, hochant doucement la tête. Une jeune enfant s'approche doucement, de la vieille femme et vient lui voler un câlin. Et sans piper mot de plus s'allonge à ses côtés pour poser sa tête sur ses genoux.
    La matriarche lui caresser doucement le pourtour de son visage, suivant le contour de ses tempes, puis de sa mâchoire, encore et toujours. Du bout des doigts, elle formait des guilis agréables. L'enfant gazouillait et lui montrait du doigt, où elle voulait qu'elle recommence. Le tout ponctuait par un mamie. Pourtant il n'y avait aucun sang qui les liaient ensemble.
    « — Comme toujours tu sais ce que tu veux. lui parlait-elle à son attention, légèrement. Peut importe quand ça sera, nous serons toujours là. elle relevait la tête en direction de la doctoresse. Et si tu es perdues, demande ton chemin. Il n'y a pas de mal à être perdu. une pause. Mais ne tarde pas trop non plus, je me fais vieille à force... »

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    Re: Baklava ; ft. Yaara ShaushkaMessage par Apollonia Ward le Lun 10 Déc - 16:47
    baklava
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    Interprétant le signe que Yaara faisait de la tête comme une invitation à partager la collation qu’elle avait amené telle une offrande, Apollonia s’empara d’un des petis gâteaux que le miel avait gardé encore moelleux. Le goût sucré était tel qu’elle plissa un peu les yeux. ce n’était vraiment pas ce qu’elle préférait manger dans la vie, mais elle ne voulait pas offenser son hôte en refusant de partager sa nourriture. Elles restèrent toutes deux sans mots pendant un instant, la chirurgienne happant quelques mots en Terrans dispersés dans des conversations faites d’un mélange fluide de plusieurs langues. Ce qui se passait dans la tente rouge aurait pu être dans une brochure de tourisme pour Dust, la promesse d’un mélange harmonieux des cultures, sans inégalité, plein de solidarité, rien à voir avec la froide réalité de la ville où on confondait la liberté et le chacun pour soi. Peut-être avait-elle une vision idyllique de la vie de ces nomades qui s’effacerait après plus de temps passé avec eux, mais pour l’instant, elle y était bien. Encore une fois, comme si elle avait le pouvoir de voir dans la tête des gens, Yaara lui parla de ce à quoi elle pensait, l’invitant, sans trop lui donner le choix, à passer la nuit avec eux. La jeune femme fut surprise de leur hospitalité envers une étrangère mais n’en fut pas mécontente. Le temps passé pour l’accouchement de Sari aurait fait en sorte qu’elle doive revenir à Dust en traversant le Nowhere dans la noirceur, ce qui n’était jamais recommandé. Personne ne s’inquièterait de ne pas la voir revenir ce soir en ville, personne de l’y attendait. La sage-femme ajouta alors de mettre l’ordre dans ses affaires, signe qu’elle s’attendait probablement à ce qu’elle vive parmi eux durant cet espèce de stage qu’elle avait décidé d’entreprendre. Elle n’y avait pas songé, mais c’était ce qu’il y avait de plus logique à faire. « Merci infiniment », offrit-elle en guise de réponse, pour leur hospitalité, mais aussi tout le reste, avant de poser sa petite tasse de thé vide près des gâteaux qu’elle entendait laisser à son hôte dans leur totalité.

    La Terrane, attendrie, regarda alors le manège de la petite fille en quête de papouilles qui semblait savoir exactement à qui les demander, alors que celle qu’elle appelait mamie s’y adonnait sans rechigner. Dure de savoir s’il s’agissait vraiment de la petite fille de celle que tout le monde appelait mère. Était-ce seulement qu’un titre ou Mère Shaushka avait-elle de très nombreux enfants ? Elle l’apprendrait sans doute tôt ou tard, elle qui se sentait encore trop gênée pour demander de telles questions personnelles à son hôte. Apollonia ne se rappelait plus la dernière fois qu’elle avait assisté à une scène de simple tendresse comme celle-ci, ni à Dust, ni à Ys… Elle ne se souvenait même plus si c’était le genre de chose qu’elle aurait fait enfant avec ses propres parents. Cette pensée l’attrista plus qu’elle ne l’aurait voulu. Elle laissa son regard se perdre un peu dans les aspérités du sol avant que la voix de Yaara qui ne s’adressait plus à l’enfant, mais à elle, toujours sans avertissement, ne la ramène dans la conversation, hors de ses souvenirs moroses. Elle n’aurait su dire si la vieille femme lui parlait du désert ou de la vie en général, probablement des deux. La plus jeune lui sourit de nouveau, son sourire toujours empreint de la tristesse qui l’habitait quelques secondes auparavant. La Mère avait raison, il n’y avait pas de temps à perdre et aucune raison de traîner. « Je serai revenue avant que vous ayez le temps de remarquer mon départ », promis-t-elle à la blague, mais avec un soupçon de sérieux, sachant qu’elle n’aurait guère à mettre en ordre chez elle pour repartir… Peut-être avertir les voisins et les réguliers de la clinique, de quoi lui prendre une ou deux journées au plus..
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    Re: Baklava ; ft. Yaara ShaushkaMessage par Contenu sponsorisé